Mésaventure aux Deux Sœurs
31 Octobre & 1er Novembre 2009
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Météofrance annonce la

Les Deux Sœurs, Agathe (à gauche) et Sophie (à droite) mort de cet été indien interminable à la fin du week-end, dimanche en soirée. Ce qui nous laisse deux jours pour clôturer ce bel automne de grimpe avant de rentrer dans l’hiver et de retourner à d’autres activités. Afin de poursuivre notre exploration de la barrière Est du Vercors, je choisis un itinéraire en terrain d’aventure aux Deux Sœurs, plus précisément à la pointe Sophie (Sommet Nord). La voie envisagée est la Revanche de l’Urgonien, ouverte par Bruno Fara avec sa compagne Renée Guerin en 1983. A la lecture du maigre topo que j’ai en ma possession, les pitons sont nombreux dans la voie, la difficulté monte à 6b en libre et l’itinéraire dépasse les trois cents mètres.
Nous décidons de nous lever tôt pour profiter de la sieste sur le plateau sommital et redescendre tranquillement au camion. A 7h45, nous sommes au terminus de la route forestière des Bordeaux au-dessus de Prélenfrey. Je trie le matériel, prends huit dégaines, trois sangles et trois petits coinceurs à cames pour les parties les plus faciles mais moins pitonnées. Je ne dispose pas du tracé de la voie et ne sais pas où attaque l’itinéraire, la seule information que mentionne notre topo est "la voie se situe à droite de la voie du toit". Après quelques vingt-cinq minutes de marche, nous dépassons la baraque des Clos et continuons vers les Deux Sœurs.
A 9h15, nous longeons la face de la pointe Sophie par un somptueux sentier en balcon, nous dépassons le toit et la recherche commence. A droite de la voie du toit, il n’y a pas grand-chose si ce n’est un mur gris bien compact avec une ligne de dièdre peu marquée. Nous hésitons et finissons quand même par choisir un itinéraire qui paraît ressembler au descriptif du topo. J’aperçois un clou et une cordelette. Par contre, je reste dubitatif sur la seconde partie de la voie qui devrait se coucher et proposer une escalade moins soutenue. Le haut du mur raide sur lequel nous nous trouvons est fermé par une barrière de surplomb en rocher jaune qui laisse présager de sa médiocre qualité. J’ai du mal à distinguer un couloir ou une ligne de faiblesse de là où je me trouve.
J’attaque et mes pressentiments se confirment, il n’y a pas beaucoup de clous et l’on est plus près de la frontière entre le 6ème et 7ème degré que dans le 6b annoncé. De plus, selon les données du topo, la première longueur est très courte et c’est après trente-cinq bons mètres que je fais relais après un p’tit vol sur piton. Je fais monter Elodie. C’est clair, on n’est pas au bon endroit. Je me dis que ça doit être la ligne de dièdre à droite. Je repars dans un vague dièdre dans l’espoir de croiser une vire ou une terrasse où je pourrais traverser vers ce que je pense être la "bonne" voie. Il n’y a plus rien (ni pitons, ni vires…) et c’est bien au-dessus d’un coinceur que je me dis qu’il va falloir penser à la réchappe. Pas moyen de traverser vers la droite, je cherche un becquet pour poser une sangle, j’en repère un à gauche. C’est l’unique porte de sortie alors il faut y aller. Petite traversée ascendante de 7-8 mètres vers la gauche dans du rocher pas très coopératif. Je rejoins une petite marche. Le becquet escompté n’est pas terrible mais faute de mieux, il faudra s’en contenter et descendre tout doux, bien dans l’axe pour solliciter l’ancrage au minimum. Atteindre le dernier coinceur que j’ai posé nécessiterai une traversée et je ne peux prendre le risque. Je récupère le reste du matériel et rejoins Elo à R1. Je la mouline au pied de la face et tire un joli rappel pour regagner à mon tour la base de la pointe Sophie.
Petite pause casse-croûte après avoir retrouvé les vestes que nous avions déposées ce matin au débouché du col des Deux Sœurs et redescente paisible au parking par le tour "panoramique" via le sentier des Deux Sœurs au-dessus du col de l’Arzelier. Le retour est chargé d’interrogations, on se demande d’abord dans quelle voie nous nous sommes engagés et aussi où se déroule l’itinéraire envisagé de la Revanche de l’Urgonien.

Mont Blanc
Nous plongeons vers le bassin Grenoblois et nous arrêtons à Décathlon pour obtenir les réponses à nos questions. Ouverture du topo, du vrai cette fois-ci, bien complet et là, c’est la révélation ! On était plus de cent mètres trop à gauche. La Revanche parcourt un dièdre à droite de la voie des couloirs-cheminées ! Nous nous sommes engagés dans une des trois voies non équipées que mentionne le topo entre la voie du toit et celle des couloirs-cheminées. Les Bartavelles (ouverte en 1971 par F. Diaferia & F. Rebuffet), la voie Aublissime (ouverte en 1976 par E. Charpentier & E. Laroche-Joubert) et la Vartarian (ouverte en 1970 par A. Allera & B. Vartanian). Bon, pas mécontent de s’en être bien tirés, nous rentrons à Colombe pour une bonne nuit bien méritée.
Le lendemain, dimanche 1er novembre, le beau temps est encore de la partie mais cette fois, c’est sûr, demain, la neige est attendue. Si je veux récupérer le coinceur laissé en place hier, c’est le créneau ! Après, il faudra attendre le printemps. Je passe à l’Alpe pour prendre mon marteau et quelques clous. A 11h, nous sommes au parking des Bordeaux. Cette fois, nous optons pour le chemin le plus court via l’éboulis menant au pas de l’Oeille. A 12h, je m’équipe tandis qu’Elodie en termine avec le pierrier. Je me lance dans la première longueur sans encombre puis fais monter mon second.
Je repars dans le dièdre de L2, toujours autant dépourvu de prises franches et de bonnes possibilités de protection. Je place deux friends avant de filer vers celui laissé en place la veille. A sa hauteur, je pitonne un relais et redescends à R1 en récupérant tout le matériel. Je mouline Elo avant de la retrouver en un long rappel. On a la satisfaction du devoir accompli. J’aurai finalement laissé trois pitons, une sangle et quelques mètres de cordelette. Au moins, si quelqu’un se trompe comme nous, il aura un bon relais pour la réchappe ! Le bilan du week-end n’est pas si mauvais même si on a sacrifié la dernière belle journée de cet été indien. Cette expérience aura été pleine d’enseignements. Ne jamais partir sans un vrai topo, complet avec le tracé de l’itinéraire et des infos sur l’attaque ! Ne pas trop insister quand on constate que l’on n’est pas au bon endroit. Ne pas continuer l’ascension quand on est à poil (sans clous, marteau ni coinceurs…) dans un océan de pierre et qu’il n’y a plus rien (même si on est une mule et téméraire !). Savoir faire une réchappe avec peu de matériel (une sangle). Le lendemain, revenir avec toute la quincaillerie nécessaire pour pitonner un bon relais et récupérer ses biens abandonnés la veille !
Il est encore tôt quand nous terminons l’opération de sauvetage de "coinceur en péril" ! Alors je me décide d’aller repérer l’attaque de la voie, la vraie, une centaine de mètres plus au Nord. Effectivement, pas de doute, cela correspond en tous points avec la description du topo et je distingue même une partie du nom inscrit à la peinture rouge. C’est cool, on reviendra aux beaux jours car ça a l’air vraiment joli. En attendant, l’ombre gagne et les nuages se profilent à l’horizon. Demain lundi, la neige tombera et le Vercors revêtira son manteau blanc pour nous offrir d’autres joies, celles du ski, de la randonnée à raquettes ou de la cascade de glace…
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